—«Posez les fleurs ici, Lucien. Je les porterai moi-même jusqu’à la tombe,» dit-elle au domestique, d’une voix trop basse pour troubler, à cette distance, le recueillement de l’étrangère.
La grande silhouette noire du valet s’inclina sans mot dire. Il plaça les gerbes et les bouquets sur un rebord de pierre, afin que Mademoiselle n’eût pas trop à se baisser pour les prendre. Puis, mettant la main à son chapeau à cocarde de crêpe:
—«Dois-je attendre au coin de l’allée, comme d’habitude?
—Non. Retournez jusqu’à la voiture. Dites à Prosper qu’il peut promener les chevaux pendant un bon moment. Vous... attendez-moi à la grille.»
Il s’éloignait. Elle le rappela:
—«Ne restez pas en place. Vous gèleriez. Il suffit que je puisse vous apercevoir en sortant.»
Il s’inclina, remit son chapeau, et partit avec cette pensée, qui venait à tous à chaque marque de cette habituelle sollicitude:
«Ah! il n’y en a pas beaucoup comme elle.»
La jeune fille ne songea même pas à se munir des fleurs destinées à renouveler la parure quotidienne de la chapelle funèbre. Elle se dirigea vers la personne agenouillée, qui, le front contre ses mains crispées à la clôture de la tombe, demeurait plongée dans un recueillement impossible à distraire.
La nouvelle venue, en s’approchant, vit que la toilette noire, d’une élégance simple, n’était pas à proprement parler une toilette de deuil. Elle distingua une taille presque invraisemblablement mince prise dans une jaquette d’astrakan, et des cheveux d’un blond délicat, pâle comme l’avoine mûre, sous un toquet de velours.