—«Non, mademoiselle. Monsieur le marquis n’est pas encore rentré du Palais Bourbon.»

«C’est vrai, il y a séance aujourd’hui,» pensa la jeune fille.

Elle monta chez elle, subit les soins de sa seconde femme de chambre, qui la débarrassa du pesant voile de crêpe et de ses vêtements de ville. Elle passa une robe d’intérieur entièrement blanche, et ne put s’empêcher de murmurer:

—«Si ce n’était pour mon père, comme je préférerais rester en noir, même à la maison!

—Mademoiselle m’excusera, mais je suis tout à fait dans les idées de monsieur le marquis,» dit la camériste. «Ce n’est pas le costume qui fait la sincérité du chagrin. D’ailleurs, le blanc, c’est deuil.»

Micheline ne répondit pas. Elle savait bien que si sa mère eût laissé dans un autre cœur des regrets aussi cuisants que dans le sien, Renaud de Valcor ne se fût point préoccupé des effets d’une étoffe pour la beauté de sa fille ou l’agrément de ses yeux.

—«Je ne t’aurai sans doute plus si longtemps près de moi,» lui avait-il dit. «Tu te marieras bientôt. N’aie pas la cruauté de gâter mon bonheur de te voir, en t’assombrissant de ces chiffons affreux. Quel gré t’en saurait notre pauvre morte? Porte le deuil en blanc, quand nous sommes tous deux seuls chez nous.»

Sa toilette achevée, Micheline passa dans son petit salon.

Tout de suite, sur son joli bureau à cylindre, resté ouvert, elle aperçut son courrier. Il y avait des journaux illustrés, des réclames de couturiers et de modistes, des lettres. La plupart contenaient encore des condoléances. La grande écriture tremblée d’une enveloppe, timbrée du Conquet, attira son attention.

Elle ouvrit le papier commun, vit quelques lignes tracées d’une main peu habituée à tenir la plume, et tressaillit en lisant la signature: «Mathurine Gaël