C’était la grand’mère de Bertrande, cette vieille, à la curieuse figure d’austérité, d’orgueil, taciturne comme une vraie Bretonne, fataliste comme toute fille, femme et mère de marins, pour avoir tant regardé la mer sans voir revenir ceux qu’elle attendait.
Micheline se la rappelait bien. Toute fillette, quand elle rencontrait cette femme, dans le parc, sur la grève ou sur la lande, elle avait un peu peur de ses terribles yeux clairs dans son visage bronzé. Mais la petite Bertrande, qui parfois alors jouait avec elle, lui disait:
—«Mère-grand n’est pas méchante. Seulement, elle a eu trop de misères dans la vie, n’est-ce pas? Surtout depuis que papa a disparu, là-bas, sur l’eau, et que maman n’a plus sa tête.»
«Pauvre créature! Que me veut-elle?» pensa Micheline.
Voici quelle était l’épître:
«Mademoiselle,
«Vous avez perdu votre mère. Rien au monde ne la remplacera pour vous. Votre cœur est bon. Tous le savent dans ce pays-ci. Votre douleur doit vous disposer à la pitié pour les autres. Aussi, moi qui voudrais sécher les larmes de vos yeux, je vous supplie de ne pas repousser les miennes.
«Ma petite-fille Bertrande est à Paris, sans que je sache rien d’elle, sinon qu’elle est coupable. Elle doit être plus malheureuse encore que coupable. Elle n’a jamais connu son père. Sa mère,—vous vous en souvenez peut-être,—ne put la garantir du mal, car Dieu lui a aveuglé l’esprit. Ce sont les excuses de la brebis égarée.
«Je pleure nuit et jour sur elle. Je voudrais savoir ce qu’elle devient. Je voudrais qu’un ange compatissant s’inclinât vers elle au fond de l’abîme.