C’était un gaillard à visage et à costume faubouriens, un bellâtre vulgaire et avantageux, roux de cheveux comme de moustache, le menton rasé dessinant la mâchoire bestiale, les yeux petits sous le front bas, la taille haute, souple, de musculature redoutable, un de ces fauves de barrière comme justement Mlle de Valcor en avait entrevu ces jours-ci, par les glaces de son coupé, dans les quartiers excentriques, autour du Père-Lachaise.
—«Excusez-moi... Ça pressait, monsieur le marquis,» répliqua ce singulier visiteur. «Je vous dis qu’ils sont sur la voie. Quand ils m’auront fait coffrer, vous serez empêtré encore plus que Bibi, s’pas?
—Taisez-vous,» dit M. de Valcor. «Partez, j’irai rue de Ravignan. Disons... ce soir, à onze heures.
—Faites pas ça. Ils connaissent la cambuse. La môme a ramené l’autre jour un bonhomme en pain d’épices, un type fouinard, qui lui a posé un tas de questions. Elle a dû jaspiner, la mâtine!... Je lui ai flanqué une râclée, mais... trop tard. Un mouchard, sûrement, ce pistolet-là. Dame! Elle ne reçoit pas tous les jours des ambassadeurs. C’est le métier qui veut ça.»
Derrière la porte, Micheline tremblait comme la feuille. Elle ne pouvait comprendre l’abomination des paroles. Mais avec quelle audacieuse familiarité l’inquiétant personnage s’adressait au marquis. L’expression insolente et gouailleuse de ce drôle lui faisait un effet plus sinistre que si les murailles eussent oscillé.
Le timbre extérieur de l’hôtel vibra.
Cette brusque sonorité rappela Micheline au sentiment de sa situation. Elle, Mlle de Valcor, aux écoutes derrière une porte, comme une servante curieuse! Une révolte la redressa. Elle s’enfuit, rentra dans son boudoir.
Plus d’un quart d’heure s’écoula sans qu’elle parvînt à démêler ce qu’elle éprouvait. Deux fois encore elle entendit les sonneries annonçant des visiteurs. Puis on frappa chez elle. Un domestique parut.