Elle continua, se troublant un peu:
—Mais oui, je vous aimais. Je vous aime encore. Pourtant vous comprenez qu’une jeune femme de mon âge ne peut pas vivre longtemps de la vie que j’avais acceptée pour vous. Nos relations auraient fini par se savoir. J’aurais perdu mes leçons, ma position... Ah! si vous aviez été disposé à vous marier, cela eût été tout autre chose, jamais je n’aurais agréé un autre homme que vous.
Elle se tut. Elle attendit.
—Ainsi, fit Octave, vous m’auriez donné la préférence?
Elle répondit vivement:
—Certainement. Est-ce que vous pouvez en douter?
—Un peu, reprit-il. Je suis très modeste au fond. Et votre affirmation est si flatteuse pour moi...
Pas une exclamation de surprise, pas un accent de regret, pas un reproche. Un ton calme, ironique, égal, des questions polies; une espèce d’intérêt bienveillant pour ce mariage annoncé, voilà tout ce qu’Isabelle obtint, et le seul résultat d’une tactique qu’elle avait crue un chef-d’œuvre de ruse, et sur le succès de laquelle elle avait absolument compté. Elle en perdait la tête, elle bredouillait. Son langage, si sobre d’habitude et si élégamment clair, devenait un flot désordonné, incohérent, qui frémissait sur ses lèvres tremblantes. Elle expliquait comment elle avait connu son futur mari... un ami d’enfance; elle disait son âge, sa position.
Il n’était pas riche, mais tous les deux travailleraient ensemble, et elle retrouverait ainsi la vie de famille qui lui faisait cruellement défaut. Puis, ce qu’elle désirait surtout c’était une affection qui pût se montrer au grand jour; elle était lasse des rendez-vous furtifs, des intrigues, qui répugnaient à sa délicatesse.
Octave inclinait la tête d’un air d’aimable assentiment.