—Mais, fit-il observer, ne m’avez-vous pas dit qu’on vous attend? Vous aviez à peine quelques minutes... Tout ceci m’intéresse beaucoup; pourtant je ne voudrais pas abuser...

Elle n’y tint plus; des larmes de dépit s’échappèrent de ses yeux. Octave les regarda couler, avec un léger mouvement des sourcils qui peignait une grande surprise.

Elle eut beau lui dire à présent ce qu’il avait attendu en la voyant paraître—qu’elle l’aimait trop pour le perdre, et qu’il n’avait qu’à prononcer un mot pour empêcher son mariage, elle ne put éveiller en lui d’émotion, et, ce mot, elle ne le lui arracha point.

Il lui répéta, d’une voix implacablement douce, tous les arguments qu’elle avait énumérés, et lui démontra qu’elle n’avait rien de mieux à faire qu’à se marier, puisqu’elle en rencontrait l’occasion. Comme elle pleurait toujours, en lui jurant qu’elle l’aimait, il lui dit ceci:

—Je serais un égoïste, si j’acceptais maintenant cet amour au prix de tous les avantages qu’il vous ferait perdre. Je n’y aurais quelque droit qu’en vous offrant mon nom et ma modeste fortune. Mais cela m’est impossible. Vous le savez—je vous en avais prévenue d’avance—je n’ai aucune disposition pour le mariage. Mes intentions n’ont pas changé.

Elle le quitta sur ces paroles. Et il resta debout et rêveur, jusqu’à ce qu’il eût entendu le roulement du fiacre qui emportait la jeune femme se prolonger puis s’éteindre dans le silence des rues endormies.

XI

Huit jours après cette scène, les relations entre Octave et Isabelle s’étaient établies de nouveau, aussi régulières, aussi intimes que par le passé.