C’était Octave.
La première femme qui monta, et s’assit au fond, était l’invisible orgueilleuse que j’avais tant voulu voir. Elle s’éleva sur le marchepied d’un mouvement élégant et décidé. Sa physionomie répondait à son langage, Elle avait les traits fins, de beaux yeux un peu durs, la bouche fière, aux coins légèrement abaissés. Elle était toute jeune.
Ses compagnes l’étaient plus encore.
Au moment où Octave achevait de placer la dernière, et se disposait à la suivre, il leva les yeux et me reconnut.
Il eut un imperceptible et indéfinissable sourire.
Le lendemain, je reçus de lui une invitation à dîner.
VI
Rarement une journée me parut plus longue. Sans doute j’allais avoir l’explication de la scène bizarre de la veille, j’allais pénétrer dans le secret de l’existence intime d’Octave. Or, toutes les aventures banales qui arrivent plus ou moins à chacun de nous me paraissaient d’une platitude insipide auprès du plus simple épisode de la vie de cet homme, raconté et interprété par lui. Tout ce qui le touchait prenait une saveur extraordinaire. Cela tenait à ses façons d’envisager les choses et de prévoir les conséquences des faits, aux jugements profonds qui accompagnaient ses récits. Mais cela tenait aussi aux événements eux-mêmes.