VIVIANE.
Voudriez-vous nous dire les causes de cet état chaotique au temps de
Gœthe? J'avoue à cet égard mon ignorance.
DIOTIME.
Il y en avait plusieurs qu'il me serait difficile de vous exposer ici tout au long, mais que je puis réduire à une seule: les Allemands, avec tous les instincts des grandes races, ne se sentaient pas une grande nation.
VIVIANE.
Qu'entendez-vous par là?
DIOTIME.
Rien que de très-simple. Au temps dont je parle, les Allemands n'avaient, à bien dire, ni patrie ni art qui leur fussent propres. Divisée, comme l'Italie, en une infinité d'États, de provinces, de dialectes et de sectes, exposée comme elle à la fréquence des invasions étrangères, l'Allemagne, où tout à l'heure nous allons voir apparaître une glorieuse pléiade de génies nationaux, souffrait dans son orgueil, dans sa conscience intime, et n'avait pas même pour se plaindre de langue nationale.
ÉLIE.
Et la langue du Luther?