DIOTIME.

La vraie gueule d'enfer de la légende. Gœthe la décrit d'un pinceau dantesque. Il nous fait voir tout au fond la cité infernale.

Dem Gewœlb des Schlundes
Entquillt der Feuerstrom in Wuth;
Und in dem Siedequalm des Hintergrundes
Seh' ich die Flammenstadt in ew'ger Gluth.

Des profondeurs du gouffre
Se précipite, en fureur, le fleuve de feu;
Et plus loin, par delà le bouillonnement,
J'aperçois, dans son éternelle ardeur, la cité des flammes.

On a dit qu'en faisant cette peinture Gœthe avait certainement pensé à la cité de Dité dans l'Enfer de Dante.

MARCEL.

Est-ce que votre poëte germanique faisait cas du poëte toscan?

DIOTIME.

Il le nomme avec les plus grands, avec Homère, Eschyle, Shakespeare. Il admirait la tête puissante de Dante et l'œuvre puissante qu'elle avait conçue; mais, bien que, à chaque pas, dans son Faust, on trouve des pensées, des images et jusqu'à des mots qui semblent accuser la préoccupation des Cantiques, je ne vois nulle part un jugement complet de Gœthe sur Dante, et je dois même avouer qu'il qualifie en un endroit, avec une délicatesse de goût par trop raffinée, le grandiose de la Comédie, de grandiose barbare, monstrueux et répulsif. Mais je reviens à nos démons. Dans le même temps qu'ils accourent à la voix de Méphistophélès, un chœur d'anges est descendu des nuées, la bataille commence. Ce combat des bons et des mauvais esprits, ce sujet si souvent représenté par les artistes du moyen âge, est traité aussi par l'Allighieri avec une naïveté adorable. L'ange de Dieu et celui de l'enfer se disputent l'âme du comte de Montefeltro, sauvé pour une «toute petite larme» de repentir qu'il a versée en mourant.

L'angel di Dio mi prese; e quel d'inferno
Gridava: tu dal ciel, perchè mi privi?
Tu te ne porti di costui l'eterno
Per una lagrimetta ch' I mi toglie.