Et elle consultait les tablettes d'ivoire où il était d'usage alors que les danseuses très-recherchées écrivissent le nom de leurs danseurs. M. de Kervaëns les lui prit sans façon des mains et lut: le prince Alberti, le marquis d'Hévas…

«Je suis bien aise de voir que vous n'avez pas dérogé pendant mon absence, lui dit-il d'un ton railleur, en regardant Nélida qui souriait; mais ne comptez pas sur moi, aimable Hortense; je suis devenu vieux; j'ai vingt-neuf ans. C'est un grand âge et je ne danse plus.»

Nélida le regarda à son tour d'un air surpris: elle n'avait pas oublié la valse promise la veille au bois de Boulogne, et s'en était même préoccupée plus que de raison, car elle n'avait jamais valsé et redoutait un peu ce premier essai devant tant de monde.

—Ou du moins, continua M. de Kervaëns, je ne danse qu'en des circonstances particulières, et jamais plus d'une fois dans un bal.

—Vous me proposez des énigmes, monsieur Timoléon, dit mademoiselle
Langin un peu piquée.

Ce colloque fut interrompu par l'orchestre qui joua une ritournelle indiquant la mesure à trois temps.

—Puis-je espérer que ce sera celle-ci? dit M. de Kervaëns en s'approchant de Nélida. Et sa voix prit soudain une inflexion tendre, presque suppliante.

—Si cela vous est agréable, monsieur, reprit-elle en se levant. Timoléon lui offrit son bras. Mademoiselle Langin restait confondue, lorsque heureusement, pour la sortir de peine, son valseur arriva; les deux couples se dirigèrent, à travers la foule, vers la salle de danse.

—Vous ne savez pas, monsieur, que je n'ai jamais valsé, dit Nélida à M. de Kervaëns; c'est une première leçon que je vais prendre, et je crains…

—Ne craignez pas ce qui me comble de joie, interrompit Timoléon.