—… Faisons la paix, disait M. de Kervaëns à mademoiselle Langin qui prenait une glace auprès d'un buffet chargé d'une vaisselle en vermeil où les mets les plus exquis, les fruits les plus savoureux, les plus rares primeurs, défiaient les palais blasés et les goûts difficiles. Vous savez que je hais la jalousie.
—Répondez-moi, dit mademoiselle Langin d'une voix saccadée; pensez-vous à l'épouser?
—Je ne pensais à rien tout à l'heure; c'est vous, avec vos querelles ridicules, qui me forcez de songer à elle; d'ailleurs, après tout, que vous importe? Elle ou une autre, ce sera toujours quelqu'un.
—Pourquoi pas moi, dit Hortense avec un cynisme qui contrastait étrangement avec son jeune visage et l'air modeste qu'elle avait su prendre pour se faire bien voir dans la société où elle était admise.
—Ma chère enfant, reprit M. de Kervaëns en faisant jouer l'éventail qu'Hortense avait posé sur le buffet, je vous l'ai dit si souvent! C'est un malheur, mais qu'y faire? Je suis pétri de préjugés; et jamais, cela est certain, fût-ce Vénus en personne, Vénus douée de toute la sagesse de Minerve, jamais je ne consentirai à épouser une femme qui ne pourra pas mettre sur sa voiture un double écusson.
Il y eut un instant de silence.
—Ce ne sera pas facile, reprit Hortense en suivant son idée. Nélida est romanesque; elle voudra qu'on soit amoureux d'elle.
—Qu'à cela ne tienne! dit Timoléon.
—Elle ne vous croira pas; votre réputation est trop bien établie… Mais tenez, ajouta Hortense en baissant la voix, car plusieurs groupes s'étaient rapprochés du buffet, pour vous, je suis capable de tous les sacrifices; voulez-vous que je m'y emploie? J'ai un grand ascendant sur son esprit; avec toute son intelligence, elle est d'une naïveté incroyable. Mais c'est à une condition…
Se voyant écoutés, ils rentrèrent dans le bal.