Mademoiselle de la Thieullaye fit signe qu'elle n'avait besoin de rien; mais la bonne créature n'en alla pas moins à sa commode, prit dans le tiroir un morceau de sucre, et, tout en le faisant fondre dans un grand verre de cristal rouge qui, exposé sur la cheminée avec sa carafe, formait l'ornement principal de cette modeste demeure.

—Si vous vouliez, je déferais vos agrafes: vous ne respirez pas bien à l'aise, reprit-elle.

Nélida la regarda longtemps d'un air égaré.

—Vous habitez avec M. Guermann? lui dit-elle enfin.

—Oui, mademoiselle.

—Vous êtes sa parente?

La jeune fille sourit.

—Sa parente?… si l'on veut. Je suis sa femme.

—Je ne savais pas qu'il fût marié, dit Nélida d'une voix mourante.

—Marié? Entendons-nous, dit la grisette en offrant à mademoiselle de la Thieullaye le verre d'eau sucrée. Je peux bien vous dire cela, à vous; ni M. le maire ni M. le curé ne nous ont rien fait promettre; mais nous ne nous en aimons pas moins. J'ai bien soin de notre petit ménage; je suis très-fidèle et pas du tout jalouse, par exemple. Je ne le tourmente pas pour ses modèles, quoique souvent… mais avec les artistes il ne faut pas y regarder de si près. Vous sentez-vous mieux? dit-elle, d'un ton caressant, à Nélida qui avait avalé machinalement le verre d'eau tout entier.