—Pleurez, madame, pleurez, dit l'ouvrier; cela soulage. Je sais cela, moi. Je connais bien le chagrin, allez, madame. Et si ce n'était ma pauvre famille, j'aurais peut-être fait depuis longtemps ce que vous alliez faire. Je vous demande pardon, reprit-il, après un moment de silence, de vous conduire ainsi, mais je n'ose pas vous laisser seule; d'ailleurs il fait tant de brouillard et vous êtes si cachée sous votre voile que personne ne peut vous reconnaître; et puis nous allons trouver un fiacre.

Ils marchèrent assez vite jusqu'à l'endroit où se tiennent les voitures de place; il n'y en avait pas une seule. L'ouvrier envoya aux cochers absents une imprécation énergique.

—Demeurez-vous loin d'ici?

Nélida hésitait à répondre.

—Ne croyez pas que ce soit par curiosité, madame, que je vous demande cela; je voulais seulement savoir si vous auriez longtemps à marcher, car vos pauvres jambes ne sont guère vaillantes en ce moment, et vous ne voudriez pas vous laisser porter.

—Je demeure rue du faubourg Saint-Honoré, dit Nélida, honteuse de sa méfiance; je puis très-bien aller jusque-là. Mais vous, cela vous dérange sans doute?

—Non, madame, ma journée est finie, et le souper qui m'attend ne refroidit pas, dit l'ouvrier avec un singulier sourire. Du pain et un morceau de fromage, c'est toujours bon, toujours appétissant, après dix heures de travail.

Il se tut.

Nélida s'appuyait sur son bras avec un sentiment de respect involontaire. Elle faisait un sévère retour sur elle-même.

—Que puis-je pour vous? dit-elle enfin en approchant de l'hôtel d'Hespel. Elle avait la main sur sa bourse, mais elle n'osait pas l'offrir à l'homme du peuple.