Que de mouvements confus et tumultueux cet entretien surpris souleva dans l'âme de Nélida! que de turpitudes dévoilées! combien d'expériences douloureuses se pressaient dans sa vie si pure! Partout, dans tous les coeurs qu'elle avait vu s'ouvrir à elle, le mensonge et la trahison! partout la perfidie répondant à la sincérité de ses dévouements! Une chose pourtant lui donnait presque de la joie, dans ces angoisses cruelles: rien de nouveau ne lui était révélé sur les relations de Timoléon avec la marquise. Hortense même, ne les ayant vus ensemble que le matin, à la chasse, s'exagérait beaucoup leur intimité, sans doute. Elle n'avait pas été témoin de ce qui s'était passé le soir; elle ne savait pas que tout était changé, que ce caprice était évanoui.

Nélida sortit de la chapelle en commentant cette idée rassurante. Elle était trop femme aussi pour n'avoir pas fait une comparaison qui la ranimait. Timoléon, si déférent, si plein d'égards avec elle, ne parlait à madame de Sognencourt que d'un ton railleur et méprisant. Il rendait donc justice à toutes deux; il serait donc facile de rallumer dans son coeur l'amour conjugal. Elle regagna sa chambre, l'âme rouverte à l'espérance et décidée à redoubler envers ses deux rivales de procédés et de politesses, puisque Timoléon paraissait si sensible à ces bienséances extérieures.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsque, le lendemain matin, au moment où elle allait, châtelaine attentive, s'informer en personne des nouvelles de son hôtesse, elle vit Hortense pâle, défaite, le sein palpitant, se précipiter dans sa chambre, et, lui tendant une lettre ouverte, lui crier d'une voix étouffée:

—Nélida, on vous trahit. Empêchez votre mari de partir, ou vous êtes perdue.

Nélida, qui avait reconnu l'écriture de Timoléon, lut d'un coup d'oeil ces deux lignes: «Vous l'exigez, belle despote, je vous suivrai. À midi, je pars avec vous et vous conduirai jusqu'à Paris.»

Hortense, les yeux fixés sur Nélida, les lèvres blêmes, attendait sa réponse.

—Ce que vous faites-là n'est digne ni de vous ni de moi, dit enfin madame de Kervaëns, qui avait surmonté un premier saisissement douloureux. D'où vous vient ce billet?

—Son valet de chambre le portait à la marquise Zepponi. Me doutant de quelque trahison, je le lui arrachai des mains, en disant que j'allais le remettre moi-même. C'est mon dévouement pour vous, Nélida, qui m'a fait faire ce mensonge. Cela est mal, continua-t-elle, troublée par le regard calme et froid que madame de Kervaëns attachait sur elle. Cela est très-mal; mais je voulais vous sauver.

—Hortense, dit Nélida en mettant la main sur l'épaule de sa perfide amie, vous me faites pitié. Je sais tout; je sais ce que vous avez été et ce que vous êtes pour moi. Le hasard m'a fait entendre votre entretien d'hier soir près de la chapelle.

Hortense fit un mouvement d'effroi; son visage se couvrit de pourpre.