—Ne craignez rien, continua Nélida; je ne vous perdrai point. Vous déterminerez vous-même ce qui sera possible et convenable dans nos relations futures. Quant à M. de Kervaëns, il est parfaitement libre de ses actions, et la lettre qui vous offusque n'a rien que de très-simple.
Puis, sans laisser à Hortense le temps de répondre, Nélida sortit, fit un long détour dans les corridors pour qu'on ne vit pas où elle allait, et vint frapper à la porte de son mari. Elle avait pris une résolution désespérée.
—Entrez, dit Timoléon. Ah! c'est vous, Nélida, ajouta-t-il en lui prenant la main avec une grâce empressée; n'êtes-vous pas bien fatiguée de la soirée d'hier? Vous avez été charmante, en vérité. Mais asseyez-vous, je vous prie.
Et il lui avançait un fauteuil, de l'air le plus respectueux, comme il l'eût fait pour la reine.
—Timoléon, dit Nélida d'un ton grave et fixant sur lui ses grands yeux dont l'azur était voilé de larmes, je viens vous faire une prière.
—Dites plutôt me donne un ordre, reprit M. de Kervaëns avec une galanterie marquée.
—Ce que j'ai à vous dire est sérieux, Timoléon; il y va de notre repos, de notre bonheur.
M. de Kervaëns la regarda avec une indicible expression de surprise.
—Timoléon, ne partez pas.
—Comment, reprit-il un peu troublé et cherchant à garder son aplomb.
Qui vous dit que je pars?