L'humidité et le froid gagnaient ses épaules, Il finit par conclure que l'absence du grand-duc était la cause unique de tous ces malentendus qui, probablement d'ailleurs, dans les coutumes allemandes, n'avaient pas toute l'importance que les habitudes françaises le faisait y attacher; insensiblement il reprenait, sans en avoir bien conscience, le chemin du palais ducal, lorsque, traversant une place plantée de tilleuls, il se trouva en vue d'un monument assez vaste et dont l'architecture régulière attira son attention. Un étrange battement de coeur sembla l'avertir.
—Quel est ce monument, monsieur? dit-il en arrêtant un bourgeois qui, sans souci de la pluie, se promenait gravement sous les tilleuls en fumant sa pipe.
—C'est le nouveau Musée, monsieur.
À ces mots, Guermann sentit un frémissement intérieur tel, qu'il pâlit.
C'était comme un rebondissement soudain de son orgueil abattu. Toute sa colère, toute son irritation, tous ses désespoirs s'évanouirent devant une seule pensée:
«Ici est la gloire de mes jours à venir, ici est l'immortalité de mon nom!…»
Il salua le bourgeois, et, entrant vivement sous le portique du Musée, il demanda M. le directeur. Cette fois, Guermann n'attendit pas. Le directeur était trop curieux de voir, de juger, d'apprécier et de déprécier cet intrus, ce Français que lui imposait un caprice du grand-duc, pour ne pas l'accueillir avec empressement.
—Eh bien, monsieur, que vous semble de notre Musée? dit-il à Guermann d'un air suffisant, après le premier échange de politesses banales.
—Je le trouve d'une architecture irréprochable, dit Guermann froidement.
—Cela doit vous paraître bien petit, bien mesquin, à vous qui venez de
Paris?