« Mon interprète »
Jamais je n’ai voyagé à bord d’un appareil aussi luxueux, aussi confortable.
Les fauteuils sont tellement moelleux que l’on a l’impression d’être étendu sur un nuage. Le whisky servi par l’hôtesse est fameux et l’hôtesse est gironde. En prenant le glass qu’elle me tend, je lui chope le bout des doigts, ce qui paraît l’amuser. M’est avis que cette souris a contracté de mauvaises habitudes à force de vadrouiller à deux mille mètres, cela lui a collé l’envie de s’envoyer en l’air.
Je suis tout mou, tout plein de laisse-moi-tranquille. Et, pourtant, sous mon chapiteau, y’a un de ces numéros de cirque dont vous ne pouvez pas vous faire une idée !
Franchement, j’ai l’impression d’être malade, très malade.
J’ai beau essayer de gamberger à autre chose, toujours mes pensées viennent percuter le même butoir.
« San-Antonio, me dis-je, tu n’es qu’un sale dégonflé. T’as les jetons dès qu’un seigneur fait les gros yeux. Tu t’es laissé posséder par les Ricains, par leur police d’abord, qui a voulu se servir de toi comme produit d’entretien : la machine à faire reluire l’opinion publique. Et tu t’es laissé posséder aussi par ses truands. »
Vraiment, ça devient intenable.
« Dégonflé ! Dégonflé ! T’es tout juste bon à servir de tête de lard dans un jeu de massacre à la foire du Trône.
« Tu viens d’abdiquer pour la première fois de ta carrière. Tu sucres les fraises comme une pauvre cloche que t’es ! T’es fini avant d’avoir vraiment commencé. Mort à la fleur de l’âge comme une fleur de nave ! »