Après tout, je ne peux rien faire d’autre. Il y a des moments dans cette garce de vie où il faut savoir faire abstraction de tout ce qui vous entoure.
Tout à coup, je repense à mon petit copain, le Belge errant : Robert Dauwel.
Le pauvre môme doit se cailler le raisin à m’attendre. Comme il me paraît dégourdoche, il voudra retrouver ma trace, il se lancera dans l’aventure avec la fougue d’un jeune clébard et ça bardera pour sa praline si jamais il tombe dans l’espace vital de Maresco.
Il faut absolument que je le prévienne.
Je me rappelle que l’hôtel où nous étions descendus s’appelait The Spanish. Et qu’il y avait des tableaux espagnols plein les murs du hall.
Je fouinasse dans l’appartement de ma cocotte pour dégauchir un annuaire. Je finis par en engourdir un qui lui sert de petit banc sans doute, car il est posé par terre à la cuisine. Elle doit mettre ses pinceaux dessus lorsqu’elle tourne une mayonnaise. Je le feuillette. The Spanish Hôtel, c’est écrit en caractère gras, ce qui est normal pour un établissement qui se veut espagnol.
Je compose le numéro sur le cadran et un portier polyglotte répond à mon coup de grelot.
— Je voudrais parler à M. Robert Dauwel ! Dis-je.
— Tout dé souité !
Un crachotement prometteur. La voix traînante, éveillée pourtant, du petit globe-trotter me parvient.