Je tourne le coin de l’avenue et je pénètre dans un établissement tout ce qu’il y a de sélect.

— Double whisky ! Dis-je en m’accoudant au bar.

CHAPITRE V

« Une vieille connaissance »

Le Cyro’s est fermé. Une grille à croisillons en interdit l’accès. Pourtant, j’entends chanter à l’intérieur. Un zig brame à plein chapeau. Et ce zig, je vous parie la main de ma sœur contre le masseur de Marlène que c’est un Noir. Il n’y a qu’un Noir pour chanter les blues de cette manière-là.

Je passe mon poing au travers de la grille et je cogne dans la porte.

Ça ne produit tout d’abord aucun effet, mais la persévérance est toujours récompensée. A force de tabasser, la chanson s’arrête et la lourde s’entrouvre. Je vois apparaître le visage rigolo d’un négrillon. Il est en veste blanche boutonnée sur l’épaule, il porte un pantalon bleu et il est coiffé d’une casquette à petite visière.

— Excuse me, lui dis-je. Open, police !

Il ouvre la bouche et ses dents se mettent à étinceler comme un collier de perles. Je sais que cette comparaison est d’une pauvreté navrante, mais les plus grands auteurs se laissent aller à la facilité.

— Open !