— Ça va, camarades, faites pas les marioles, quoi ! Vous savez bien qu'on est en grève.

— Je suis mon propre patron, ai-je affirmé, je n'ai pas à me manifester dans des histoires syndicales.

Il s'est alors mis à parler de solidarité. Il appartenait au type orateur. C'était le genre de bonhomme qui s'entraîne le dimanche à discourir devant son armoire à glace.

— Ça va ! ai-je déclaré lorsqu'il s'est enfin tu pour avaler sa salive. Nous attendrons la fin de la grève pour reprendre le service. Ce n'était pas la peine de remplacer le goudron de la route par des barbelés. De la discussion jaillit la lumière.

— Oui, a approuvé l'orateur, tu as raison. Alors, sans rancune.

Nous nous sommes serré le main. Lui et ses compagnons ont sorti des bicyclettes de derrière les branchages et les ont enfourchées.

— Bandes de gredins, a murmuré Mathias. Pourquoi m'as-tu empêché d'arranger le physique du Polac ?

— Ça n'est pas la peine d'envenimer les choses. Allez, en route.

C'est alors que nous nous sommes aperçus que les pneus arrière du car avaient été lacérés à coups de rasoir.

* * *