Nouveau grincement, la porte blindée s’entrouvre. Les types découvrent mon arme. Ils doivent échanger par signes leurs impressions d’un bout à l’autre de la péniche car, presque immédiatement mon interlocuteur me dit :

— Nous allons entrer, tenez-vous au milieu de la cambuse, les bras levés… Inutile de tenter le forcing, nous tirerons au premier geste suspect…

Il raccroche. J’en fais autant et je lève les ailerons. Aussitôt, une paire de jambes apparaît au haut de l’escadrin. Un type surgit… Un grand costaud… Un autre le suit. Je les regarde attentivement et, malgré l’obscurité envahissante, je reconnais dans le second l’homme aux cheveux gris.

Le premier, à contre-jour, a une silhouette qui me rappelle quelque chose… Brusquement, ça me revient : c’est le tueur de la nuit dernière, le mec qui a buté la standardiste et qui me canardait dans mon jardin… J’ai un petit frisson motivé par mon imagination. De se sentir entre les pattes d’un type qui a essayé de vous démolir, cela doit vachement développer les glandes du trouillomètre.

Le grand type allume un fanal de cuivre accroché au plafond.

Je m’aperçois qu’il a le crâne dépourvu de cheveux à l’arrière.

Dire que quelques heures auparavant, j’aurais donné ma pipe en écume de mer véritable pour le rencontrer et que, maintenant, je donnerais la même pipe pour qu’il soit au fin fond de la Nouvelle-Guinée…

L’homme aux cheveux gris me regarde d’un œil rigoureusement amorphe.

Je me force à sourire, ce qui est méritoire dans la conjoncture présente.

— Voici mon indicateur ! je m’exclame, quoi de neuf, monsieur Chaix ?