Il rabat le couvercle de la citerne. Le disque de nuit étoilée disparaît et je me trouve englouti dans la vraie nuit…

Un instant passe.

Et soudain un flot de liquide me tombe sur les épaules.

Ces vaches font comme ils ont dit… C’est de l’essence qui s’écoule à flots épais dans mon réservoir… C’est une drôle de sensation, je vous jure… Je préférerais être ailleurs, n’importe où mais ailleurs…

Je me retire au fond de la citerne afin de ne pas recevoir la trombe sur le râble.

Fichtre, ce que ça pisse épais ! Une vraie cataracte !

Je sens l’essence pénétrer dans mes chaussures, elle m’envahit plus vite qu’on ne le supposerait… Le bruit de liquide se répercute dans le coffrage de fer. Il m’emplit les oreilles. Ah, cette obscurité totale ! Cette odeur nauséabonde ! Il y a de quoi devenir cinglé.

Une idée atroce me germe dans la tronche : sortir mes alloufs et enflammer le baquet ! De cette façon mon agonie serait tout de suite achevée et les deux salopards, qui me font vivre ça, s’en iraient dans les nuages, eux aussi, avec bibi… Cette pensée me réconforte. Je suis obligé de faire un gros effort de volonté pour la repousser.

L’essence continue de se déverser à gros bouillons.

Maintenant j’en ai à la hauteur des genoux et je sens qu’elle monte… Elle monte inexorablement… Elle est froide. L’odeur me donne des vertiges, ma poitrine me fait de plus en plus souffrir… Le bruit de cataracte, amplifié par la résonance des parois de fer, produit dans ma tête comme des carillons de cloches. Oui, c’est mon propre glas que j’entends sonner…