Mais il ne m’écoute pas, il a les yeux injectés de sang. Il ne prête aucune attention à moi. Toute sa fureur est tournée vers l’Américain.

— Salaud ! hurle-t-il. Enfant de putain ! Ordure, tu nous as donnés, hein ?

Il tire.

Le grand rouquin se casse en deux et glisse lentement contre le mur en se tenant le ventre.

— Salaud ! dit encore l’autre.

Une nouvelle balle ! Cette fois le rouquin la cloque dans son œil gauche. Le verre de ses lunettes est pulvérisé. Il reste un instant en équilibre, un ruisseau de sang coulant par la hideuse blessure, puis il tombe d’une masse sur le côté.

Tout ça s’est déroulé comme dans un rêve à une allure déréglée. Je presse à mon tour la détente de mon arme. Merde arabe ! Ce que je peux avoir les réflexes rouillés ! Faudra que je me les passe au minium un de ces jours…

Banski pousse un hurlement qui doit s’entendre jusqu’à Formose. J’ai peut-être les réflexes rouillés, mais mon œil est juste. Ma balle vient de lui faire sauter trois doigts de sa main droite. Son revolver est par terre et ses morceaux de salsifis pendent au bout de sa main comme des branches cassées.

Il larmoie, Crâne-pelé… Il est terrifié de voir sa paluchette mutilée. Il la tient devant lui comme un ostensoir.

— Tu vois, Banski je lui dis, toutes les grosses naves de ton espèce finissent par se faire contrer un jour ou l’autre. Si tu avais mené une petite vie d’honnête homme, tu serais un zig comme tout le monde, jouissant de ses dix doigts…