Donc, elle est au courant… Les matuches genevois lui ont cassé le morcif.

J’entrouvre ma porte comme si la piaule était vide et je m’allonge entre le lit et le mur, sur le tapis.

Il ne me reste plus qu’à attendre une fois de plus pour vérifier si mes conclusions sont exactes. J’attends une demi-heure environ. Ma montre marque huit heures dix et je commence à prendre mal au dos.

Soudain, j’entends un glapissement dans le couloir… Quelqu’un pousse ma porte et jette un coup d’œil dans ma piaule. J’ai rudement bien fait de me carrer derrière le plumard. Ce quelqu’un n’entre pas, mais passe à la pièce voisine. Une clé dans la serrure. Le quelqu’un entre… J’attends une minute environ et je vais jusqu’à mon petit trou.

C’est bien la standardiste qui se trouve dans la chambre du drame. Elle est vêtue d’un manteau vert à col d’astrakan et elle fouille méthodiquement. Elle ouvre les tiroirs des meubles. Inventorie l’armoire… Soulève le matelas.

Je pense que mon heure d’entrer en scène « a sonné ».

Je sors de ma chambre et, à pas de loup, gagne le 214.

J’en ouvre très doucement la porte. J’entre. La fille, au mépris de ses nylon-cristal, est agenouillée sur la moquette et regarde sous le lit. Sa croupe est si suggestive que j’en ai le souffle coupé. Moi, les nuits presque blanches me titillent les nerfs et quand je vois une femme dans cette position, j’aurais tendance à penser à autre chose qu’à la révocation de l’Edit de Nantes.

Je cramponne mon revolver, et, d’une voix brutale, je demande :

— Vous avez perdu votre bouton de jarretelle, mademoiselle ?