Il descend le boulevard Magenta…
Nous traversons la République et fonçons du côté de la Bastille. Pour moi, la Bastille c’est comme qui dirait pour ainsi dire la gare de Lyon ! Et, une fois de plus, je mets dans le mille.
Voyant que le taxi que nous poursuivons s’engage dans la rue de Lyon, je dis à mon cocher :
— Ça va faire combien jusqu’à la gare ?
Il regarde son compteur.
— Dans les deux cent cinquante, patron.
— En voici trois cents, colle la mornifle dans ta fouille et écoute bien ce que je vais te dire… Colle le plus possible au taxi que tu files. Dès que nous serons certains qu’il va à la gare, c’est-à-dire au moment où il attaquera la rampe conduisant à l’esplanade, démerde-toi pour le doubler. Je veux arriver avant lui, tu saisis ?
— Ça joue…
Il n’est pas manche du tout, mon prince russe. Tout se passe exactement comme je l’ai désiré. Nous prenons cinquante mètres d’avance sur le G7 et je stoppe devant l’entrée des départs. Je bondis dehors et claque la porte, puis je m’engouffre dans le hall. Ma dame d’un certain âge va vachement renoucher les mecs qui vont pénétrer « derrière » elle dans le hall des départs. Il vaut donc mieux l’y attendre.
La voici ! Elle descend, pénètre dans l’immense salle des pas perdus. Mais, au lieu de se diriger vers un quelconque guichet elle se jette de côté et se glisse derrière l’un des battants vitrés de la porte. Dans cette encoignure, comme une araignée dans sa toile, elle observe le mouvement de l’esplanade et examine tous les gens qui rentrent.