— Assieds-toi, raconte au commissaire San-Antonio ce que tu as à lui dire, pendant ce temps on va te préparer un sandwich.

La bouffe, c’est son souci majeur à Ribot. Il ne pense qu’à ça… Il doit avoir dans la besace un ver solitaire long comme un rouleau de papier peint.

Dubois, c’est le genre obscur et besogneux… Le type qui s’achète un complet tous les dix ans, qui moud le café et essuie la vaisselle chez lui tout en faisant ponctuellement un lardon à sa grognace. L’agent payeur des allocations doit lui apporter ses prestations dans une valise tellement il en palpe épais ! Pour sa pomme, c’est le gros lot tous les mois ; il s’est construit son capital comme les castors ; vous voyez ce que je veux dire ?

— Alors ? je lui susurre, très engageant.

— Eh bien voilà, attaque-t-il, le mort dont il est question s’appelle Pantowiak…

— Un Polak ?

— Oui. Il est à Orléans depuis une quinzaine. Il ne fréquentait personne, ne recevait aucune visite. S’il a de la famille, celle-ci est restée en Pologne, je suppose… On ignore les motifs de son geste désespéré…

Au style oratoire de Dubois, je reconnais l’influence Ribot… Ses mecs, mon pote les fait jacter comme écrivent les journaleux : à grand renfort d’images toutes faites et de phrases dont on trouve la traduction dans tous les manuels de conversation étrangers.

Il continue…

— C’était un homme d’humeur sombre, ses camarades de travail pensent qu’il est venu dans notre ville à la suite d’un chagrin d’amour… Il regardait les filles d’un air nostalgique et il lui est même arrivé de pleurer…