Il a un geste que j’interromps en montant le ton.

— En ce qui concerne la première réflexion, d’accord, elle relève plus des Affaires étrangères que d’un policier et je reconnais bien volontiers que ce ne sont pas mes oignons… Mais pour ce qui est de la seconde, je crois de bonne guerre de vous la soumettre. Pourquoi, à votre demande de recherche, n’avez-vous point joint de photographie du disparu, monsieur, heu… Brazine ?

Son regard s’amincit. Ses petits yeux pétillent.

— Nous n’en avions pas, dit-il.

— Curieux ! Admettons. Pourquoi en ce cas n’avez-vous pas fourni un signalement précis de l’homme ? Hein ?… Vous voulez que je vous le dise, monsieur Brazine ? C’est parce que cet homme n’existe pas !

Il s’assied après m’avoir désigné un siège.

— Vous avancez là une chose très curieuse, monsieur le commissaire.

— Ne jouons pas au plus fin. J’ai reçu une note m’enjoignant de retrouver un attaché d’ambassade soviétique vraisemblablement kidnappé par des nazis commandés par un certain Bunks. Or, on ne m’a rien dit de cet attaché d’ambassade, rien, pas même son nom. On m’a désigné un chien en me disant : il a volé un gigot, et personne ne m’a parlé du gigot… Alors, moi, après un tas de péripéties bien saignantes, j’en arrive à me demander si ce gigot a bien existé…

Il se lève.

— Vous permettez ? me demande-t-il en se dirigeant vers la porte.