Il sort. Je m’essuie le front. La partie est rude. Faut être un drôle de culotté pour venir balanstiquer un pavé pareil dans une ambassade. Vous pigez maintenant pourquoi je n’ai pas parlé au Vieux de l’objet de ma visite ? Je ne pouvais pas lui demander la permission d’aller traiter les Russes de menteurs, à domicile !

Je me dis aussi que ce jeu est peut-être dangereux… Mais je verrai bien. J’ai abordé le sujet franchement, je persiste à croire que la franchise paie.

Il est des cas où il ne faut pas la redouter… Dix minutes passent. Le petit bonhomme aimable revient.

— Pouvez-vous me suivre ? dit-il.

— Allons-y !

Il me conduit dans un petit bureau meublé comme celui d’une usine. Des meubles de bois blanc, des murs nus, des classeurs…

Un type se tient assis dans l’embrasure de la croisée, derrière une petite table de dactylographie.

Il s’arrête de taper à la machine.

C’est un homme maigre, au front trop large, aux joues creuses. Il a un regard morne, des gestes mornes, une voix morne.

— Vous êtes le commissaire San-Antonio ? me demande-t-il…