Et il se présente.
— Annenstief, le secrétaire particulier de l’ambassadeur.
Nous nous serrons la main à bout de bras, comme des boxeurs sur un ring avant de commencer la séance de dégustation.
Il me considère paisiblement, avec une sorte de tranquille impudeur qui ne m’incommode pas.
C’est loyal. Il prend mes mesures…
— Allez-y, fait-il enfin, je vous écoute ; il paraît que vous avez des griefs contre nous ?
— Je n’ai rien « contre vous », monsieur Annenstief… Simplement je venais échanger quelques idées générales avec vous, sans que mes supérieurs soient informés de l’objet précis de ma visite.
« Je tiens à souligner que cette démarche est plus qu’officieuse et, pour être franc, il est à peu près certain que si elle vous paraissait inconvenante et que vous protestiez auprès de mon gouvernement, je l’aurais sur les doigts. Seulement, sachant cela, je suis venu tout de même, et je suis venu parce que j’aime mon métier et que je suis un homme entier… »
Il ne bronche pas. Brazine s’est adossé au mur et rêvasse. Il y a une curieuse atmosphère dans ce petit bureau.
— Vous comprenez, dis-je, pour la première fois de ma vie, je travaille sur du vent… Je le sens parce que j’ai trop mon métier dans la peau… Et alors j’en ai marre. Alors je vous le dis d’homme à homme, ne tergiversons plus. Si vous attendez quelque chose de moi, dites-moi de quoi il s’agit. Si au contraire vous me trouvez trop curieux, dites-le-moi aussi et je me dessaisirai de l’enquête. Je crois parler net !