— Mes impressions ? dis-je, les voici : les Bunks sont en cheville avec vous, ça n’est pas leur fils que nous avons arrêté et vous n’avez jamais eu d’attaché kidnappé ! Je viens d’acquérir la preuve que l’homme que nous détenons n’a rien à voir avec eux. Voici sa photographie et voici la photographie du fils Bunks…
Vous pouvez constater que, tout en offrant une vague ressemblance due à leur commune blondeur, il s’agit de deux individus absolument différents.
Ils ne répondent rien, ne jettent même pas un regard aux deux photographies.
— Mes supérieurs vous ont tenu au courant de nos faits et gestes, poursuis-je. Vous savez que, pour forcer les Bunks à se manifester, nous avons décidé de leur faire croire à la mort de leur fils. Les Bunks ont su aussitôt que c’était du flan, puisque leur fils est en parfaite santé. Néanmoins, comme je mettais le nez dans leurs affaires, ils ont essayé de me faire sauter la gueule. Heureusement pour ma santé, leur coup a échoué. Mais une fille est entrée dans mon espace vital, une gentille souris que j’ai crue dépêchée par les Bunks… J’aurais dû prévoir illico que la chose était impossible : les Bunks avaient organisé un guet-apens auquel j’ai échappé, vingt minutes plus tard je partais… Il est impensable qu’ils aient appris tout de suite leur échec, qu’ils aient adopté une solution de secours et pu poster une fille à quelques kilomètres de là dans l’espoir de me faire filer. Du reste, ce revirement ne concordait pas avec leur désir de me supprimer brutalement. Donc, par la suite, j’ai su que cette fille n’était pas un membre de l’association…
— Comment ? demande Annenstief.
C’est la première fois qu’il manifeste un intérêt quelconque.
— Parce que, dis-je… parce qu’elle est la sœur de l’homme que nous détenons sous le nom de Karl Bunks.
« A mon retour d’Allemagne, j’ai été frappé par la ressemblance de Karl avec sa sœur ; il s’était opéré une confusion dans mon esprit. J’avais vu les Bunks, je croyais que l’homme arrêté était leur fils, c’est donc avec la fille Bunks que je lui trouvais une ressemblance. Mais par la suite, tout s’est remis en place dans mon citron ; je me suis souvenu que le faux Karl ressemble étonnamment à la fille en question. Je suis allé vérifier à la morgue. J’ai pu constater que je ne me trompais pas. Outre la similitude des traits, tous deux ont un défaut à la cloison nasale… Petite marque de fabrique congénitale… »
— Alors ? murmure mon interlocuteur…
— Alors cette fille est morte… J’ai continué mon travail avec l’affaire de Strasbourg. Vous êtes au courant, je suppose, ou dois-je récapituler ?