Je souris.

— C’est par bravade que vous riez ? demande-t-elle.

Non, ça n’est pas par bravade. Je ris parce que, même lorsqu’une souris vous tient sous le regard d’un colt avec l’intention de vous lâcher des pastilles dessus, vous ne pouvez pas vous empêcher de sourire si un cercle se ferme sous vos yeux. Et un cercle vient de se fermer hermétiquement. Les morceaux du puzzle s’emboîtent. J’ai fait une erreur, tout à l’heure, à l’ambassade, en leur disant qu’aucun gars de chez eux n’a été kidnappé. Si, leur attaché a été sucré, mais il l’a été par nous !

C’est tellement marrant que je ne peux m’empêcher de tout expliquer à la môme Christia. Ce serait trop idiot que je clamse avec cette belle histoire loufoque sur la patate !

Je lui explique comment, à la demande des Russes, je me suis lancé à la recherche de leur attaché d’ambassade soi-disant kidnappé ; comment, sur leur instigation, j’ai soulevé celui que je croyais être le fils de Bunks afin de lui arracher son secret… Comment, toujours sur leurs conseils, nous avons fait le coup du cadavre… J’avoue que je ne comprends pas pourquoi, dis-je…

Elle plisse les yeux… Elle paraît sollicitée par de profondes pensées.

— Moi, je le sais, murmure-t-elle.

— Ça vous ennuierait de m’affranchir ?…

Même si je ne lui demandais pas, elle parlerait. Elle parlerait comme je viens de le faire : pour extérioriser ses idées, poussée par l’impérieux besoin de penser tout haut.

— Ils ont enlevé mon frère, voici près d’un mois, dit-elle… Seulement, ils ne pouvaient en convenir à cause de…