Ses yeux verts de tigresse m’enveloppent entièrement.
— Vraiment, murmure-t-elle.
Elle ajoute :
— Pouvez-vous nous expliquer ce que vous faisiez dans notre propriété en pleine nuit ?
Lui dire que c’est grâce à un besoin de pisser que j’ai découvert son frangin me paraît impossible.
— Je suis voyageur de commerce, Fräulein, j’ai voulu cette nuit me dégourdir un peu les jambes car, au volant, je sentais le sommeil me gagner. Je me suis mis à marcher, le long de votre propriété… Il faisait doux et tiède… Et alors j’ai été surpris par, je vous demande pardon, Fräulein, une odeur épouvantable… J’étais persuadé qu’il s’agissait d’un être humain. Un instant j’ai eu l’intention de donner l’alerte, mais en pleine nuit, j’ai tout de même eu peur de me tromper. Alors je me suis permis de franchir la clôture pour en avoir le cœur net. J’ai constaté que mon odorat ne m’avait pas trompé. Que faire ? J’ignorais tout de cette propriété… Comme elle recelait un cadavre, il n’était pas très indiqué de prévenir les propriétaires en premier chef. Ce sont donc les autorités que j’ai alertées…
Je me tais, ravi de ma trouvaille. Ma parole, je suis tellement convaincant qu’il me semble que les choses se sont passées ainsi ! Ce que c’est que la persuasion !
Elle continue de me regarder.
— Ce qu’il y a d’étrange, dit-elle, c’est qu’un promeneur ait décelé depuis la route l’odeur dont vous parlez, alors que, dans l’après-midi d’hier, trois de mes amis et moi-même avons joué au tennis dans le court contre la grille duquel se trouvait le corps de mon frère…
C’est un nouveau mauvais point pour bibi… Une autre fois, je prendrai garde à bigler un peu mieux les alentours lorsque je ferai de la mise en scène… Ce court de tennis que j’ai pris pour la route sera l’un de mes mauvais souvenirs…