— On crève, je dis… Jamais vu une nuit aussi lourde… Tu ne te sens pas mal à l’aise, toi ?

— Non, fait-elle…

Elle va ouvrir la croisée.

C’est beau, Paris, fait-elle en s’y attardant un peu.

Je ne réponds rien. Je continue à remuer mes pensées… Un dilemme se pose : dois-je intervenir illico ou attendre ?

Rachel m’a prouvé par son attitude qu’elle faisait partie de la bande. Donc, par elle, je dois pouvoir remonter la filière. Seulement, là est le point faible. Si je la laisse aller, elle va prévenir les autres que Bunks est vivant. Cette épingle lui en a apporté la preuve… Que dois-je faire ? Bon Dieu, comme c’est moche d’avoir à prendre des décisions de cette ampleur ! Je donnerais bien mille balles pour avoir l’opinion du chef… Impossible de lui téléphoner maintenant. Je dois décider seul, et décider vite ! Je ris.

— Qu’as-tu ? me demande-t-elle.

Je ris parce que je pense que Bunks a eu une idée extraordinaire. Lorsque je lui ai dit que j’étais en cheville avec Rachel, il a voulu prouver qu’il vivait encore. Alors, devinant que la souris allait éplucher mes faits et gestes, passer ma vie au peigne fin, fouiller mes poches… il s’est dit qu’il avait une chance de se manifester à travers moi. Il a choisi comme messager son propre geôlier… Ça, reconnaissons-le, c’est du boulot !

Elle s’approche de moi, frôleuse, le regard moite, comme les filles en ont lorsque vous leur avez prouvé que vous n’êtes pas un empêché du calcif.

— Qu’as-tu ? demande-t-elle.