Je le suis sans savoir pourquoi, sans savoir où on va, sans savoir si ça lui plaît ou non, sans même savoir si ça me plaît à moi.
Je le suis machinalement, comme un chien perdu suit un passant, comme San-Antonio suit le mystère.
C’est un réflexe.
* * *
On parcourt ainsi un petit kilomètre, sans se raconter plus de choses qu’une paire de jarretelles. La route — c’est plutôt un chemin vicinal — est bordée de hautes haies touffues. Y a toujours ces glands de grillons qui la ramènent, et d’autres rossignols qui baratinent leur bonne femme. Le chemin décrit un virage. Parvenus au milieu de la courbe, nous apercevons une bagnole noire stoppée au ras du fossé. Le Polak s’arrête et se met à humer le vent comme un clébard qui passe devant le soupirail d’un restaurant.
Il semble méfiant, inquiet.
— Ben quoi, je lui fais, t’as les jetons, Pilsudki ?
Mon pote ne semble pas se décider à poursuivre sa route. J’ai même l’impression qu’il va faire demi-tour.
Et il a salement raison de faire marche arrière, le rouquin !
Deux mecs sortent de derrière une haie et s’avancent vers nous. Ils tiennent une mitraillette à la main en guise de bouquet de bienvenue.