Il hausse doucement les épaules.
— You are English ? j’insiste.
Il me fait non, de la tête. C’est le premier résultat enregistré.
Bon, il est pas English. Il est pourtant quelque chose, ce foie de veau ! Il est pas Allemand non plus. Il est ni nègre ni Chinois, je peux m’en rendre compte. Si je veux procéder par élimination je vais en avoir pour un moment.
Soudain j’ai l’inspiration. Il est Polonais ! J’ai eu des copains polaks et chez tous j’ai remarqué ces petits plis verticaux près des lèvres.
— Polska ? You are Polak, Toto !
Je sais pas comme on bonnit le mot « Pologne » en polonais, mais le gars a compris. Il fait un petit geste de la tête qui, si l’on n’est pas trop exigeant, peut parfaitement passer pour une affirmation.
Il continue sa marche sur la route déserte. La nuit sent le foin coupé. On devine que la nature s’en tamponne qu’il y ait la guerre ou non.
Mon Polonais est discret comme une betterave. Ce mec-là, quand on veut lui arracher un mot, faut cavaler chercher les forceps.
Je le suis, c’est le cas de le dire, car je marche à un pas de lui. Il arpente la campagne à vive allure. Je voudrais le voir un peu dans Paris-Strasbourg !