Du coup, le Polski se trisse à bride abattue. Ma vaste intelligence me conseille de l’imiter et nous voici dans les champs, à galoper comme des perdus.
Les zouaves à l’artillerie se lancent à nos trousses. Et je vous jure qu’ils ne laissent pas leur gâche pour ce qui est de filer le train à une paire de branques comme le Polak et mégnace. Dans quelle pommade me suis-je encore enlisé, grand Dieu ! N’importe qui, après avoir échappé aux dents féroces de la scie, aurait couru se foutre au sec ; mais non ! San-Antonio, vous comprenez, c’est le mec qui perd jamais une occase de mettre ses pinceaux dans la mouscaille.
Ç’aurait été trop simple de dire au Polak : « Merci-et-au-revoir-mon-bon-monsieur ». Il me fallait du point d’interrogation en veux-tu en voilà ! Le mystère c’est ma nourriture favorite, comme le chardon pour les ânes. Y a des fois où je me demande pourquoi j’aime pas les chardons !
Heureusement, les prés ont été récemment coupés et c’est un vrai plaisir que de galoper dans la cambrouse. Ou plutôt c’en serait un si dans cette course, je ne tenais pas le rôle du lapin.
Comprenant qu’ils ne nous rattraperont pas, nos poursuivants se mettent à tirer. Ça, c’est la moche histoire ! C’est le moment où les âmes sensibles changent de calcif !
La mitraillette, c’est exactement la catégorie de pétoire qui convient à ce genre d’exercice. Ça manque de précision mais ça fait du dégât à découvert.
Du coup, les salves nous donnent une vigueur nouvelle, au Polak et à moi. La souris de l’abbé Jouvence, c’est du sirop d’orgeat à côté de ça, pour la circulation.
Où qu’il est, Ladoumègue, qu’on l’humilie un peu !
Les coudes au corps, et je te connais bien !
Le Polonais n’a toujours pas lâché son sac. Doit avoir envie de bouffer, pour pas les abandonner, ses garennes ! Il a peut-être une gerce tubarde et douze lardons décalcifiés et il tient à leur apporter une becquetance reconstituante !