Tout à coup il pousse un grand cri. Un de ces cris qui veulent tout dire.
Il part en avant, zigzague légèrement et tombe.
Il a dégusté une série de balles et il a son compte, le frangin.
Inutile de lui porter secours. Ce serait se faire buter pour balpeau. Dans la vie, il y a des moments où c’est chacun pour soi et Dieu pour tous.
Comme je fonce de plus belle, il se redresse. J’arrive à sa hauteur, car il me précédait de quelques mètres.
Il me crie quelque chose en polonais, tout en me tendant son sac.
Machinalement je rafle l’engin et je me le catapulte sur le dos. Puis je galope de plus belle. Les balles voltigent autour de moi comme les abeilles autour d’une ruche.
Si mon ange gardien n’est pas à la hauteur, je vais être déguisé en moulin à légumes avant qu’il soit longtemps. Fort heureusement, le terrain est très accidenté. Il y a un tas de creux, de mamelons, qui font de moi une cible extrêmement mouvante.
Le bois dont j’ai fait instinctivement mon objectif est très proche. En dix bonds je l’ai atteint. Et maintenant je les ai quelque part, les fumelards, eux et leurs seringues.
Ça n’est pas la première fois que des gens armés me courent après dans un bois. Je suis une espèce de technicien de la chose, faut voir ! Personne ne peut me faire la pige lorsqu’il s’agit de faire du forcing à travers les arbres. Comment je leur sème du poivre aux aminches !