— Taisez-vous. L’autre soir, vous m’avez donné l’hospitalité parce que j’apportais un élément trouble dans votre infecte existence et que vous aimez le noir, comme les chauves-souris.

« Je me suis confié à vous. Vous m’avez aidé à découvrir le message et, pendant la nuit, alors que, confiant, je reposais sous votre toit, mis K.-O. par la piqûre que vous m’aviez faite, vous êtes allé à la Kommandantur faire le compte rendu de votre histoire. Vous leur avez porté le papier, vous leur avez proposé de me livrer, mais eux ont voulu tendre un piège, pas à moi, j’étais désarmé, vous le leur aviez dit, mais aux types du réseau qui avaient capté cette information et qui, selon toute probabilité, ne manqueraient pas de tenter quelque chose. C’était une occasion de les démasquer.

« Le matériel secret a été détourné, doc, mais le train a continué son circuit initialement prévu.

« Ils ont laissé s’accomplir l’attentat parce qu’ils pensaient pouvoir intervenir. Mais je les ai eus avec mon coup de la locomotive, ça a fait plus de casse qu’ils ne le supposaient. Ils en ont déduit que j’avais des accointances avec la bande et c’est pourquoi ils m’ont interrogé par la suite.

« Vous, vous aviez pour mission de me récupérer. Vous l’avez fait et comme, même sans arme, j’ai prouvé que j’étais un gars dangereux, vous m’avez saoulé avant de me conduire ici où les vert-de-gris m’attendaient.

« Voilà pourquoi, alors qu’on a fusillé d’innocents otages, vous n’avez pas été inquiété.

« Je me refusais à le croire, malgré les vagues soupçons qui m’effleuraient et j’ai continué à jouer franc-jeu avec vous. Tout à l’heure, en sortant de chez le pauvre coiffeur, vous avez mis les Allemands au courant de ce qui se passait. Et ils ont lancé l’assaut. Une fois encore, je leur ai échappé.

— Pas pour longtemps, grince Martin.

— Il faut toujours dire « peut-être », mon cher.

Je tire mon revolver. Je vois son visage se décomposer, prendre une vilaine couleur grise.