CHAPITRE XIV

Nous sommes tous trois attablés devant une bonne bouteille chez Barthélemy.

— Pas trop de bobo ? demandé-je à Stéphane.

— Non, dit-il, grâce à votre intervention rapide. Je n’ai essuyé, après mon arrestation, qu’un interrogatoire rapide. D’après ce que j’ai cru comprendre, à la Gestapo, ils attendaient une grosse légume car l’affaire est d’importance.

Puis il nous fait le récit de son aventure.

— Je me doutais de quelque chose, ce matin. Une impression… Au lieu d’aller vous attendre comme prévu à la campagne, je vous ai suivi, de loin. Ainsi je les ai vus balancer le coffre du camion en rase campagne. Gretta a ramassé tout le monde. Mon premier réflexe a été de vous prévenir, mais je me suis dit que nous vivions un instant déjà périlleux et qu’une bagarre avec les Polonais — ou soi-disant tels — aurait des effets catastrophiques. Gretta a fait demi-tour. Je l’ai suivie. Elle a roulé jusqu’à un petit pavillon dans les quartiers populeux de Villeurbanne.

— La garce ! grommelle Barthélemy.

— J’ai couru au téléphone, poursuivit Stéphane. Et comme je commençais à vous parler, la porte de ma cabine s’est ouverte, deux types de la Gestapo m’ont cueilli proprement. Je suppose que le numéro de ma voiture a été noté par quelqu’un…

— Certainement, dis-je. Ce qu’il faut faire d’urgence, maintenant, c’est aller voir jusqu’à Villeurbanne. Si les Polaks ne sont pas arrêtés, ils doivent s’y terrer. Ils n’ont pas d’autre conduite à adopter après ce coup de force !

* * *