Villeurbanne est un bled ouvrier qui continue Lyon. Y a une flopée d’usines, de terrains vagues, de quartiers sordides, et puis, y a aussi des gratte-ciel comme à Chicago. Le pavillon où se sont terrés les Polaks se trouve dans une petite ruelle à palissades de bois, à trottoirs de terre et à becs de gaz, situé immédiatement derrière les gigantesques constructions qui le font paraître tout petit, tout rabougri, tout sordide.

C’est une construction à un étage, à la façade lépreuse, dont les volets plus ou moins démantelés sont fermés.

— On va tenter l’assaut, dis-je brusquement.

Le hic, dans cette histoire, c’est que nous ignorons en fin de compte à qui nous avons affaire. Qui sont ces gars ? Pour le compte de qui travaillent-ils ?

— On va leur faire le coup de la tenaille, décidé-je. Stéphane, vous allez sonner carrément au pavillon. Vous jouerez les indignés et demanderez ce que signifie ce manège. Moi, je vais profiter de ce que vous accaparerez leur attention pour entrer en douce dans la carrée. Barthélemy restera ici. De cette façon, si les choses tournaient mal, nous aurions la possibilité de leur prouver qu’il nous reste des concours extérieurs. Compris ?

— Vous êtes un vrai général, approuve Stéphane.

— Et comment ! Napoléon c’était un boy-scout à côté de mégnace !

Je m’élance, attrape le faîte de la palissade et à l’aide d’un rétablissement je le franchis.

Je me trouve alors dans des jardins chétifs au milieu desquels se dressent des petites cabanes à outils.

Je me dirige vers le pavillon des Polaks en me cachant le mieux possible. Il me faut trois minutes pour l’atteindre. L’auto de Gretta est dans la cour. On entend, provenant de la cambuse, un ronronnement de conversations.