Il n’insiste pas et s’éloigne.

Lorsqu’il a pris un peu de champ, je quitte l’édicule à mon tour et je me dirige d’un air de souverain ennui jusqu’à la salle d’attente. J’achète le Dimanche illustré. Heureusement, j’ai juste assez de mornifle dans mes fouilles pour me permettre cette extravagance. Ceci fait, je le plie, le glisse dans ma poche, et, à tâtons, je fourre à l’intérieur de la feuille le soufflant que le Polonais a mis à ma disposition.

Toujours nonchalant, je traverse les voies.

Il fait une chaleur de crématorium. L’été est en avance cette année, probable que le grand manitou qui s’occupe de la météo, là-haut, s’est dit qu’il ne fallait pas tarder because après les offensives de printemps y aurait des flopées de pauvres mecs qui ne seraient plus là pour profiter des pâquerettes.

Les grillons font un raffut du diable. L’univers est tranquille comme une carte postale en couleurs. Même les factionnaires allemands ont tendance à s’avachir autour des wagons.

Lorsque le refuge dont j’ai parlé au Polak est dépassé, j’abandonne mon allure de flâneur innocent et je me dirige vers la locomotive. Le copain à la valise est dans le secteur. Il regarde le remplissage des caisses à eau en se rongeant les ongles.

Je m’approche de la machine. Le mécanicien est justement en train de couper la flotte. Il tire l’immense bec de côté. Je jette un regard sur la plate-forme de la locomotive : personne. Son chauffeur n’est pas encore là ; il doit faire son petit plein à lui sous les frais ombrages du café-jeux de boules.

Comme le mécano s’apprête à escalader les marches du monstre d’acier[6], je l’intercepte.

— Vous avez une seconde ? je lui fais.

C’est un mec à la figure franche et ouverte, bien sympa.