— Et alors ! hurle-t-il au mécanicien, t’es cinglé ou quoi ! Tu le sais peut-être pas que le 114 arrive dans quatre minutes ?

— Descends ! fais-je au mécanicien.

Il saute sur le ballast. Je le rejoins promptement, mon pistolet à la main.

— Calme tes nerfs, dis-je à l’aiguilleur, et ferme ça. J’ai horreur des types qui me racontent la vie de leur belle-mère au moment où je m’apprête à faire le saut de la mort.

Il n’en revient pas et je ne lui laisse pas le temps d’en revenir. D’un geste impérieux de ma main qui tient le revolver, je lui fais signe de rentrer dans sa cabine vitrée.

— Attrape tes esprits d’une main et tes manettes de l’autre, lui dis-je. J’ai deux petites manœuvres à te commander : primo, mets le signal rouge pour que ton 114 ne vienne pas faire la pirouette dans la gare ; deuxio, donne-moi l’aiguille pour la voie de garage.

Tout tremblotant, il s’exécute.

— O.K., fais-je après avoir vérifié la régularité des manœuvres qu’il vient d’accomplir. Je n’ai plus besoin de toi pour l’instant. Tiens-toi tranquille, et voilà du reste une potion calmante.

Je lui décoche un crochet foudroyant à la pointe du menton. Le pauvre aiguilleur s’en va valdinguer au fond de sa cambuse. Il y demeure inerte comme un pantin de son.

— Dites, patron, murmure le mécanicien, lequel a assisté à la scène sans souffler mot, ça ne vous ennuierait pas de m’offrir une petite tournée à moi aussi, j’aime mieux pas savoir ce qui va se passer. Autant que possible, tâchez que ça marque pour que ça fasse plus sérieux.