Cette souris, croyez-en ma vieille expérience, c’est une drôle de vicelarde. Elle est truffée de complexes comme une dinde de Noël l’est de marrons.
Gretta fait quelques pas vers moi. Elle se penche avec raideur et dépose un baiser furtif sur ma joue gauche.
— Mein Gott ! Ce que vous êtes timide ! s’exclame Gertrude. Vous appelez ça un baiser ? Il faut vous dégourdir, ma fille. Sur la bouche ! Je veux que vous l’embrassiez sur la bouche. Vous verrez comme c’est bon, le baiser d’un homme courageux qui va mourir…
— Avec vos manigances, je fais, c’est pas d’un caveau de famille, c’est plutôt d’un canapé que j’aurais besoin.
— Sur la bouche ! répète Gertrude, haletante… Sur la bouche, petite niaise !
Gretta pose ses lèvres sur ma bouche. Des lèvres fraîches comme de l’eau de source, dures et fruitées.
Puis elle se recule vivement.
— Bon, je fais, maintenant vous allez vous mettre au travail, je suppose, non ?
Gertrude décroche une cravache. Elle écarte la môme blonde et fait siffler son morceau de cuir.
Elle s’en donne un petit coup léger sur le poignet gauche et pousse un petit cri.