Je ne sais pas trop sur quel terrain je m’engage, mais j’y vais de bon cœur.

* * *

Lyon !

Je traverse la banlieue de Bron, puis je fonce sur une avenue rectiligne qui conduit droit au centre de la ville.

Ça fait un bout de temps que je ne suis pas venu dans ce patelin. La dernière fois, c’était pour arroser l’avancement de mon collègue Riffet et on avait ramassé une malle qu’un régiment de déménageurs n’aurait pu décoller de par terre.

Je palpe les fouilles de mon uniforme dans l’espoir d’y dénicher un peu de fric. Effectivement, je découvre quelques marks dans un porte-lasagne et deux billets de cent balles. Il n’était pas aux as, le copain… Il avait, faut dire, peut-être croqué sa pagouze avec une souris. Y a une équipe de délurées dans les bonnes femmes, qui savent s’expliquer avec les fafiots de l’occupant. C’est une sorte de récupération, quoi !

Je stoppe devant le bistro et, avant d’entrer, j’arnouche un bon coup pour vérifier qu’il ne s’y trouve pas de sulfatés. J’aurais bonne mine si l’un d’eux m’adressait la parole. Je ne peux pas jouer au muet jusqu’à perpette.

Mais non, il n’y a personne… Du moins pas d’uniformes.

J’entre et vais droit au comptoir où le patron, une énorme enflure, rince les verres.

Il écarquille les châsses en me voyant, fait des courbettes et, la bouche en chemin d’œuf, se met à me demander ce que je veux boire dans un allemand petit-nègre qui ferait rigoler un tonneau de choucroute.