Les voilà partis. La populace leur emboîte le pas. Celle-ci a repris ce visage nombreux, enflammé d’allégresse, qu’Hélène apercevait du haut de la fenêtre ; elle escorte la chute d’Hélène.

En route, l’agent se souvient des attitudes d’Hélène avec les Allemands, ça l’excite.

Aussitôt arrivé au commissariat où sont entassés déjà nombre de détenus, il interpelle un collègue.

— Viens me tondre cette ordure ! hurle-t-il. Je veux que son crâne soit de la peau de fesses, tu entends ?

Hélène regarde les prisonniers. « Ce sont tous des hommes », remarque-t-elle.

Et puis elle aperçoit des robes çà et là. Elle sursaute, son cœur s’emballe.

— Mon Dieu, s’écrie-t-elle, mais c’est horrible.

Une femme tondue n’a plus de sexe. Elle se perd dans une suprême nudité. Hélène ne veut pas. Pas ça, pas ça, pas ça ! Peut-être la mort ? Oui, la mort avec ses cheveux est préférable. Autrement Hélène ne s’aimera plus jamais, elle vivra toute sa vie avec une honte insurmontable d’elle-même. Elle refuse de se voir pourvue d’une tête d’homme. Toucher cette lande sur son crâne ! Quel cauchemar.

Les agents la font asseoir. Au fond ils ne sont pas méchants et considèrent cette mutilation comme une bonne blague. Un froid d’acier se plaque sur la nuque d’Hélène, la tondeuse remonte sa tête avec un grignotement appétissant.

Hélène songe, affolée :