Le hasard ! Les hommes ne le comprendront jamais ! C'est notre père à tous.
Je me suis éveillé tôt ce matin. Hasard ? Ma femme dormait ; pourquoi ai-je eu envie de lui révéler mon crime ? Si elle savait, elle me regarderait avec horreur et nos deux vies se trouveraient modifiées. Alors oui, peut-être me sentirais-je un véritable assassin… Je serais définitivement un assassin pour m'être éveillé à six heures. Si vous croyez à la signification du rire, pourquoi ne riez-vous pas de cela ?
Je n'ai rien dit à ma femme, il aurait fallu que j'insistasse pour qu'elle me crût. Je n'aime pas me fatiguer.
Ma femme se nomme Marie-Thérèse. Un jour je vous montrerai sa photographie. Elle a de jolis seins, vous verrez ; ça me ferait plaisir si vous en aviez envie.
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Le maçon pouvait avoir trente ans. Il portait une casquette et il avait les yeux roses. Sur mon lit de mort — c'est à cela que je voulais en venir —, oui, sur mon lit de mort, ma dernière pensée sera pour ses yeux. Certains lapins ont les yeux roses, ça ne leur empêche pas de ressembler à des lapins ; lui avait les yeux roses et il ne ressemblait à rien d'autre qu'à un maçon. A un maçon aux yeux roses, voilà.
Et ma vie coule sous l'arche des yeux roses.
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Ce jour-là, j'étais allé chez Blandin. Cherchez sur l'annuaire ! Vous y trouverez : Blandin, liquoriste. Si je n'étais pas allé chez lui, rien ne se serait produit — autre hasard. Mais allez donc dire à Blandin qu'il a, rien qu'en existant, participé à un meurtre.
Blandin vous montrera l'en-tête de son papier à lettres : maison fondée en 1843. Blandin distille, il ne tue pas les gens.