* * *
Plus le temps passait, plus j'avais envie de voir les yeux roses du maçon.
J'essayai de me raisonner, c'est-à-dire de penser à ma mort, de la comprendre.
Je passai en revue mes années, mais je ne parvenais pas à les égrener, elles composaient un tout. Je compris que toutes les vies, courtes ou longues, forment un tout de même dimension au bord de la mort. Et je me disais :
— A quoi cela a-t-il servi ?
J'essayai d'imaginer les conséquences de ma mort ; j'en découvris plusieurs, mais elles me firent hausser les épaules.
Le chagrin de Marie-Thérèse ? Pour grand qu'il eût été, il n'aurait pu la conduire au suicide. Or, à ce moment-là, seule la certitude de son suicide aurait pu me soulager.
Mon manuscrit inachevé ? Allons donc, il était contenu dans le minuscule « tout » de mon passé. Que m'importait alors qu'il fût terminé ou non ?
Ma vie aussi restait inachevée, aucune vie n'est achevée, jamais !