Eh bien ! en ce moment même où j'écris, j'ai baissé mon store à cause du soleil.

* * *

Lentement, la vie du maçon me devint odieuse. Il me volait mon oxygène égoïstement, mais ce n'était pas tellement cela qui me révoltait, c'était le coup du litre. Voilà, nous mourions ensemble, comme deux mouches sous une tasse renversée, et il avait le triste courage de posséder encore quelque chose. Il régnait sur son litre de vin.

— Écoute, lui dis-je, tu es infâme. Ton vin, tu m'entends, tu ne le pisseras jamais. Et pense à ce mot : jamais, avec ta cervelle de bois !

Il dut être hébété par cette brusque sortie, il toussota.

Vraiment, cette cave devenait invivable. Une chaleur croupissante s'y entassait. Chaque fois que je respirais, ça me brûlait dans la poitrine. Je pensais à cet air de cave que nos deux vies corrompaient comme une mère corrompt le vin.

Alors s'ancra en moi l'impérieuse idée que la mort de l'un des deux prolongerait l'existence de l'autre.

« Il faut tuer ce maçon », décidai-je, et je découvris mille bonnes raisons de le faire, dont la meilleure était l'abrègement de ses souffrances. Mais comment procéder ? L'acte ne me répugnait pas, il m'embarrassait. Je savais qu'un homme est souvent aussi difficile à supprimer qu'un chat. Je ne voulais pas tuer pour tuer, mais pour détruire.

A ce moment, le maçon recommença de parler.

— Cette fois, on est en route pour la crève, dit-il ; j'étouffe, par moments.