La femme écoutait son ventre.

Le poète riait à son rêve.

Je ne faisais rien d'autre que m'ennuyer.

Enfin j'entendis un sourd grondement et un train déboucha dans la gare. Je me précipitai sur le quai et escaladai le marchepied d'un compartiment. Le train repartit. Je constatai que le wagon où j'étais monté ne contenait pas un seul voyageur. Je passai alors dans un autre, puis dans un autre encore et traversai successivement tous les wagons sans rencontrer âme qui vive. Enfin j'atteignis le tender et, à mon indicible effroi, je m'aperçus qu'aucun être humain n'actionnait la locomotive. Elle fonçait toute seule dans la nuit sans étoile, rougeoyante et silencieuse, traînant à sa suite un train docile et brinquebalant.

« Je suis seul, me dis-je, terrifié. Personne n'a donc mérité ce train, et toi, pauvre homme, qu'as-tu donc fait pour t'autoriser à y prendre place ? »

Je ressentis un vif accablement, tempéré, je dois le dire, par la pensée que ce convoi fantôme m'emmenait ailleurs.

Le jour se leva bientôt et, le front collé aux vitres d'un compartiment, j'examinai curieusement le paysage. Je ne vis qu'une campagne rase, pelée et désolée. Le train traversait de temps à autre des gares sans fenêtres dont les noms étaient écrits en blanc sur blanc. Je n'osais plus penser.

Au bout d'un laps de temps qui me parut interminable, le train s'arrêta. Je descendis promptement et, à peine eus-je posé le pied à terre, le convoi disparut dans un miroitement de vitres.

Je ressentis alors la plus grande émotion de ma vie. Je me trouvais dans un pays terrifiant dont je renonce à peindre le tableau exact. Le sol était de cendres et ne livrait aucune végétation. Un lac d'eau chaude fumait dans un jour flamboyant qui blessait la vue. Ce paysage dantesque était infini et vide comme un décor. Je fis quelques pas et j'aperçus un tronc d'arbre calciné ; sur cet arbre était assis un être bizarre, vêtu de noir, décharné, blême, aux yeux caves.

« Bon Dieu ! pensai-je, ce monstre à forme humaine a-t-il un sexe ? »