— Pardon…, fis-je.
Mais je ne pus en prononcer davantage car je venais d'apercevoir les mains du personnage, et ma langue se trouva paralysée par la frayeur. Ces mains étaient des mains de squelette.
— Pourquoi avoir peur ? me demanda l'être effrayant. Je suis la Mort et dans un certain temps votre beauté molle aura rejoint ma dure laideur. Il ne restera de votre corps qu'une armature, vous le savez bien. Croyez-moi, tous les hommes se ressemblent puisqu'en définitive ils se nomment tous Mort. Je suis la Mort et c'est infiniment reposant. Asseyez-vous, monsieur.
Je m'assis à l'autre extrémité du tronc d'arbre.
— Où suis-je ? balbutiai-je ; en enfer, sans doute ?
— En enfer ? ricana la Mort. Quelle idée ! Mais non, vous êtes au pays de la vie ; voyez comme ici tout est calme, reposant ; sentez ces fleurs sauvages, admirez l'azur de ce lac, écoutez les pépiements d'oiseaux.
Je ne me sentais guère rassuré, car je croyais que mon étrange compagnon, non content de figurer la Mort, représentait également la démence.
Mais lui m'examinait de son regard creux.
— Ah ça ! me dit-il. N'auriez-vous pas mérité le train ?
— J'ai peur que non, avouai-je.